Il avait déjà quelques années au compteur et pourtant il avait encore bien fière allure ! Comme ses comparses, ses couleurs étaient encore vives. Mais tel un coq au milieu d’une basse-cour multicolore, il arborait fièrement son rouge écarlate en signe de sa suprématie, laquelle ne nous échappa pas, bien au contraire.

Avec mes compagnons de chambre, Jessica et Cyril, nous arpentions les quais du petit port de la ville à la recherche de notre destrier, celui qui allait nous mener sur les petites îles de la baie de Paraty à la découverte de la faune et de la flore locale. Il était peu après dix heures du matin, et la plupart des embarcations étaient vides. Il y avait bien cet homme, cheveux gominés, plaqués vers l’arrière, avec ses lunettes de soleil noires, debout dans son hors-bord, qui, remarquant nos allées et venues, s’adressa à nous. Mais non seulement le prix qui nous était proposé dépassait allègrement notre budget mais il n’y eut eu  rien de moins charmant que cette vulgaire vedette, icône à elle-seule de ce tourisme « restauration rapide », où même les vacances se consomment à toute allure. Un peu plus loin, nous vîmes un autre homme à bord de son bateau. Jessica s’adressa à lui en espagnol:

– Combien est-ce pour louer le bateau durant une journée?

L’homme au cheveux châtain foncé, courts et frisés, dont le visage débonnaire inspirait la confiance. Il nous proposa un premier prix qui nous sembla tellement bon marché qu’on accepta son offre immédiatement, se regardant tous les trois, en se demandant si il avait bien compris notre demande et si le prix annoncé était bien pour nous trois. Par acquis de conscience, Jessica redemanda en espagnol si il s’agissait bien du prix total, ce à quoi il acquiesça.

Tout excité par la journée qui nous attendait, nous embarquâmes sur cette cabotière qui allait être nôtre durant une journée entière. Le pont supérieur était recouvert d’épais tapis de sol vert opaline, sur lesquels reposaient des coussins en cuir aux couleurs et aux formes parfois saugrenues.