L’Amérique du Sud est séparée de l’Amérique Centrale par ce qui est appelé le « bouchon du Darien ». C’est en effet en ce seul endroit, au niveau de la frontière entre la Colombie et le Panama que s’interrompt sur 87 km la route panaméricaine.

Traversant l’extraordinaire réserve naturelle du Darien, la frontière longue de 225 km de long est probablement l’une des frontières les plus mythiques. Et elle risque de le rester encore longtemps car tant la géographie que la topographie de la région, de même que le caractère exceptionnel de la réserve, rendent les travaux de la jonction routière démesurément compliqués, coûteux et au bilan écologique extrêmement lourd.

Néanmoins, il existe quelques options pour traverser la frontière.

Attention!
Quel que soit la manière dont vous comptez traverser la frontière, sachez que si vous vous rendez au Panama, il vous faudra absolument détenir une preuve de continuité, de sortie du territoire. Cette preuve peut être un billet d’avion (retour vers le pays d’origine ou vers une autre destination) ou de bus (Tica bus).

Comment voyager sans véritable preuve de continuité?

En Avion

C’est de loin, l’option la plus facile, rapide et économique. Copa Airlines et Avianca assurent de nombreuses liaisons quotidiennement. Les prix les plus bas pour un aller simple varient d’environ 135€ à 200€ selon que vous partiez de Panama City d’une part ou de Bogota et Medellín d’autre part.

En Bateau

Le Voilier

Îles paradisiaques, sable fin, eaux turquoises et étoiles de mer géantes, la traversée à bord d’un voilier ou d’un catamaran est résolument la plus belle façon de passer la frontière Colombie/Panama. Lors d’une croisière d’environ 5 jours ou plus — selon votre envie et votre budget, vous séjournerez au minimum 3 jours dans l’extraordinaire archipel de San Blas. Et parce que celui-ci compte exactement 365 îles, les Kunas — les habitants des îles — s’amusent à dire qu’ils ont une île pour chaque jour de l’année.
Le voyage peut se faire dans les deux sens. Les départs se font soit depuis Cartagène, soit depuis les îles San Blas (transport depuis Panama City inclus).
Il faut compter environ une journée et demi de navigation pour rejoindre San Blas depuis Cartagène et inversement.
C’est aussi l’option la plus onéreuse: environ 550$ pour 5 nuits et 6 jours avec tous les repas compris. Il est néanmoins possible de trouver des croisières moins chères en dernière minute.

La Lancha

Malgré les nombreuses rumeurs qui ont circulé ces dernières années, il n’existe pas de Ferry assurant la liaison entre la Colombie et le Panama; en revanche, il est possible de traverser la frontière à bord de « petits » bateaux à moteur (appelés lanchas). On est loin du confort des croisières en voilier mais c’est nettement moins cher et l’aventure est totale. Il ne faut en tout cas pas être pressé car c’est le voyage de la débrouille. Au total, si vous êtes vraiment chanceux, comptez un minimum de trois jours. Mais le voyage est souvent notoirement plus longtemps. Il vous faudra prendre au minimum deux lanchas.

CartagÈnE des indes

Depuis Cartagène, prenez tôt un bus ou un taxi (20K COP, 1 heure de trajet) jusqu’au terminal.
Depuis le terminal, prenez un bus jusqu’à Monteria (35K COP, 5 heures de trajet) avec changement de bus (correspondance immédiate) à Santiago de Tulu.
Depuis Monteria, prenez un minibus jusqu’à Nicoclí (35K COP, 2h).
Passez la nuit à Nicoclí.

Nicoclí

Je n’y ai pas trouvé d’hostel avec dortoirs. Je suis dès lors resté à l’Hostel Las Palmas (chambre privée 25 K COP$/nuit).
Le ticket pour la lancha (bateau) s’achète normalement le jour même mais par précaution, vous pouvez l’acheter la veille.
L’agence se trouve en face de l’unique embarcadère du port (muelle) de Nicoclí , lequel est situé au sud de la ville, au niveau de la plage qui longe la Calle 46.
L’aller simple coûte COP$ 70 000 (~ 20€) et comprend 10 kg de bagage (1000 COP$/kg supplémentaire).
Le départ est à 08h du matin; arrivez environ une petite trentaine de minutes à l’avance. Le trajet qui prend environ 1h30 est habituellement tranquille en été (juillet – août) mais peut-être plus mouvementé en hiver. Le bateau fait également une halte dans le charmant petit hameau de Trigana avant d’arriver à Capurgana.
Capurgana vaut vraiment la peine de s’y attarder un jour ou deux, voire plus. Que faire à Capurgana ?

Capurgana

C’est à Capurgana qu’il vous faudra passer à la douane colombienne, située au cœur du petit village, pour y obtenir votre cachet de sortie. Les horaires y sont assez irréguliers et le poste y est parfois fermé durant une partie de la journée sans réelle raison. En revanche, les douaniers sont plutôt accommodants et il est tout à fait possible de faire tamponner son passeport un jour ou deux avant que vous ne quittiez réellement le pays.
C’est à l’embarcadère de Capurgana qu’il vous faudra trouver quelqu’un pour vous emmener en bateau à moteur jusqu’à Puerto Obaldia. Les départs se font normalement quotidiennement à 7h et à 13h et le voyage coûte COP$ 25 000 mais mieux vaut demander aux locaux. Dans l’après-midi, quelques frontaliers panaméens venus à Capurgana pour l’eldorado que représente son tourisme, retournent chez eux et pourront vous embarquer. N’hésitez pas à négocier car il ne fait que peu de doute qu’ils essaieront d’en retirer le maximum. Pour ma part, j’ai payé COP$ 35 000 (10€) quand un montant cinq fois plus élevé m’avait été demandé initialement.

Puerto Obaldia

Après deux heures le long de la magnifique réserve du Darwin, vous arriverez à destination, où à peine débarqué, vous ferez l’objet d’un contrôle complet de vos bagages au poste de contrôle du port. Attendez-vous à devoir complètement vider vos valises. Une fois ce contrôle passé, on vous invitera, muni de votre passeport, d’une preuve de continuité de voyage (vol ou ticket de bus vers un autre pays) et d’une carte de crédit (ou 500$) à rejoindre le bureau douanier situé près de l’église San Rafael, sur la route menant au parc municipal. Le bureau ferme à 16h. Cette formalité passée, vous pouvez commencer à chercher une embarcation pour vous emmener jusqu’au îles San Blas voire jusqu’à Carti où la route rejoint Panama City. La meilleure façon est évidemment de demander aux locaux, de recouper les informations, de trouver le nom des bateliers susceptibles de faire le voyage et d’aller les rencontrer. Et c’est là que les difficultés peuvent vraiment commencer, particulièrement si vous voyagez seul, car il n’y a pas de liaisons vraiment régulières et les départs se font selon l’affluence. Le bateau ne partira en effet que lorsqu’un nombre suffisant de passagers (6 – 10) sera atteint. Comptez environ 100$ pour le trajet depuis Puerto Obaldia jusqu’à Carti, lequel durera 6 à 7 heures, en fonction des conditions en mer. Il vous faudra donc probablement quelques jours pour que le bateau soit prêt à partir. Et vous comprendrez dès lors rapidement pourquoi ce minuscule hameau est surnommé Puerto Muerto: il n’y a absolument rien à y faire. Le minuscule village est encerclé par la dense jungle tropicale d’un côté et par des récifs rocheux de l’autre. On y trouve tout de meme quelques petits hôtels, deux restaurants, un café-bar et une boulangerie. Lors de mon passage, le village ne comptait qu’un seul point Wifi, payant, extrêmement lent et accessible qu’en soirée. Mais qu’à cela tienne, l’attente vaut vraiment la peine et rassurez-vous, car si pour une raison ou une autre, vous deviez ne pas pouvoir faire le voyage par la mer, le village dispose d’un aérodrome avec des connexions presque journalières vers Panama City pour un prix similaire à celui du bateau. Il est également possible de payer le billet d’avion lorsque vous serez arrivés à l’aéroport de Panama City.

Carti

Arrivé à Carti, des bateaux-taxis vous emmèneront sur l’île de votre choix. Le prix varie entre 10 et 20$ et dure de 10 à 40 minutes, selon la distance à laquelle se trouve votre île. Comptez également 22$ de droit d’entrée dans la communauté Kuna. Certaines îles peuvent également exiger un droit d’entrée spécifiquement.

Par la Jungle

C’est de loin la plus longue et la plus périlleuse des options. Elle est même vivement déconseillée. La réserve naturelle du Darien est une zone de non-droit où sévissent plusieurs groupes mafieux et paramilitaires qui profitent de l’isolement de la zone pour se livrer à de la contrebande d’armes et de cocaïne. Avec ses montagnes aux pentes raides, ses fleuves et rivières, sa faune et sa végétation inhospitalière, le Darien reste un passage obligé pour de nombreux migrants en route vers les États-Unis d’Amérique ou le Canada. Et même avec l’aide de passeurs qui connaissent bien la zone, nombreux sont ceux qui y laisseront leur vie.