Le trajet de nuit en bus passa assez rapidement, et ce bien qu’il dura plus de dix-neuf heures.
Le confort des sièges n’y était pas étranger. Les autocars argentins ont la réputation d’être haut de gamme.

Ils n’ont effectivement rien à envier à leurs homologues européens qui font bien pâles figures à côté de ces business class du transport routier. Et encore, je n’étais même pas en mega premium class, les bus dits “Cama” où le siège s’incline à 180°. Couverture, oreiller, écran de télévision – mais tout de même pas individuel –, bonbons et boissons au départ, dîner en soirée et petit déjeuner au réveil, voyager de nuit est pour le moins agréable.

Il était sept heure vingt lorsque je me réveillai pour la première fois. Le ciel était encore si sombre qu’il m’était bien difficile de distinguer le paysage. Je me rendormis jusqu’à ce que les rayons du soleil parvinrent à s’immiscer entre les rideaux tirés et atteindre mon visage.

La Patagonie ! Il n’y avait pas le moindre doute, nous étions arrivés en Patagonie. Partout où je posais mon regard, il y avait, à perte de vue, cette steppe herbeuse qui caractérise la pampa et dont les couleurs passaient rapidement du jaune champagne aux abords de la route au vert kaki au-delà. Pas la moindre habitation, pas le moindre être humain, juste ici et là, de manière visible, quelques bovidés qui paissent parmi la végétation.

Devant moi, la route est parfaitement linéaire, de part et d’autre de celle-ci, pas le moindre relief pour perturber la ligne d’horizon et pas un seul nuage pour masquer le bleu azur du ciel.

Il restait encore quelques heures de route avant d’atteindre Puerto Madryn, cette petite ville balnéaire connue pour sa faune extraordinaire. C’est un lieu privilégié pour observer les baleines franches australes qui viennent ici en grand nombre durant la saison hivernale australe pour s’y reproduire mais aussi pour mettre bas. Cette péninsule est aussi remarquable pour ses populations de lions de mer, de dauphins, d’Orques qui vont jusqu’à se projeter sur les plages pour chasser les phoques, de manchot, de nandous – un grand oiseau qui fait partie de la famille des Ratites, comme l’autruche, et qui comprend les oiseaux dont les ailes atrophiées ne leur permettent plus de voler, de Guanacos qui est le pendant sauvage du Lama – qui est, lui, l’espèce domestiquée, de tatous à l’épaisse cuirasse de cuir et qui ont la faculté de se mettre en boule lorsqu’ils sont en danger, de maras – une énorme rongeur de la même famille que les cobayes et qui sont endémiques de la Patagonie.

Alors même si j’arrivai en dehors des saisons propices à l’observation de ces animaux, je n’espérai pas moins avoir la chance à mes côtés, et pouvoir malgré tout au détour d’une excursion, croiser l’un des ces occupants permanents ou temporaires de la région.

El Gualicho signifie “autour des gens” en mapudungun, le langages des Mapuches, ce peuple aborigènes du centre et du sud de l’Argentine et du Chili. C’était le nom que portait l’auberge, située à quelques pâtés de maison de la gare autoroutière, dans laquelle j’allais rester quelques jours. “Autour des gens”, voilà qui était annonciateur d’un séjour enchanteur.

À mon arrivée, le réceptionniste m’informe que leur système informatique est momentanément en panne et qu’il ne peut donc procéder formellement à mon enregistrement et encaisser mon paiement; il me fait remplir un formulaire papier et m’indique que je paierai plus tard. L’auberge est magnifique avec de grands espaces communs savoureusement aménagés.

Entre-temps le ciel s’était couvert, la température était descendue aux alentours des 15°c avec une température ressentie inférieure due à la brise maritime. Il était trop tard pour entreprendre une grande excursion mais je pouvais me balader le long de la plage jusqu’à la Punta Cuevas d’où j’aurai un merveilleux point de vue sur la baie et qui abrite des excavations naturelles qui furent les refuges des pionniers gallois arrivés en Patagonie à bord du Valero Mimosa le 28 juillet 1865.

Je suivis ses conseils mais continua ma balade au-déla, sur la magnifique plage Kaiser jusqu’à la point Este.

La ville était à présent loin derrière moi. Derrière les immenses dunes, les plaines herbeuses de la pampa s’étalaient aussi loin que pouvait porter mon regard. J’eu le sentiment d’être seul au monde à pouvoir témoigner de la beauté de ce que la nature m’offrait à voir.

Le soleil déclinait déjà et il ne me fallait pas trop tarder à rentrer si je ne voulais pas rentrer de nuit.